Portrait publié le 12 février 2019

Olivier Afonso, l’horreur lui va si bien

Olivier Afonso

A 43 ans, Olivier Afonso fait son chemin depuis pas mal d’années dans le « milieu du cinéma » selon l’expression consacrée. Et il se pourrait bien que cette vocation lui soit venue précocement, à la maison de quartier de Marcouville. « C’est là que vers 7, 8 ans j’ai assisté, assis par terre, à la projection de mon premier film, La Planète des singes ». Car Olivier Afonso nait et grandit dans ce quartier de Pontoise, de parents portugais qui avaient fui la dictature au pouvoir dans ce pays. Le virus ne le lâche pas. « Dès 10 ans, j’allais sans mes parents au cinéma de la préfecture à Cergy. C’était toujours une fête ». Le garçon se met aussi à dessiner, encouragé par le père d’un copain.

De la peinture aux effets spéciaux

Sa famille déménage de Pontoise, d’abord brièvement à Cergy puis à Jouy-le-Moutier. Voici notre cinéphile collégien aux Toupets puis lycéen à Camille Claudel, dans la section Arts Plastiques qui vient d’ouvrir. Bien orienté par ses professeurs, il réussit après le bac le concours d’entrée à l’école d’arts appliqués Olivier de Serres (ENSAAMA). A la fin de ses études, il vit de sa peinture et commence parallèlement à travailler pour le cinéma : d’abord costumier, ensuite créateur d’accessoires. Puis en 2004 il se met à 100% aux effets spéciaux de maquillage et s’associe à Frédéric Laine et Guillaume Castagne dans la société CLSFX-Atelier 69.

Un monde d'artisan

Quinze ans plus tard, Olivier Afonso et ses compères sont toujours à l’ouvrage dans leur atelier de Montreuil, l’une des deux principales adresses françaises de maquillage et effets spéciaux de cinéma. Attention, point ici de numérique car dans le métier de truquiste « traditionnel » ce sont les moulages, la résine, la silicone et la bombe de peinture qui dominent. Un vrai monde d’artisans, aux étagères peuplées de créatures terrifiantes ou improbables. Si les maquillages les plus flippants sont évidemment destinés au fantastique et à l’horreur, de nombreux effets spéciaux sont commandés à Olivier pour des films moins classés cinéma de genre, tels le dernier Quentin Dupieux ou Jean Dujardin.

Olivier Afonso

Olivier Afonso inspecte un moulage dans son atelier d'effets spéciaux.

Passage à la réalisation

Et comme Olivier Afonso a plus d’une corde à son arc, il s’est mis à la réalisation. Tourné en 2017 après près de 10 ans d’écriture et de préparation, Girls with balls est sorti en septembre 2018. Les boules, ce sont bien sûr les ballons de volley d’une équipe féminine de haut niveau, prise en chasse lors d’un déplacement aux Canaries par des très-très affreux. Surprise, le gibier se révèle plein de ressources et on a même droit à Orelsan en narrateur-troubadour… « Le but était de faire le grand écart entre comédie et horreur dans un film de spectacle. Fan d’humour absurde, je me suis aussi inscrit dans la tradition de la « last girl » (la survivante). Et je voulais des héroïnes qui ne soient pas des clichés mais des figures réalistes de femmes membres d’une équipe ». La réception ? « Après plusieurs festivals on a commencé à dire que le film était féministe : tant mieux » ! Car si le film cherche encore son distributeur en salles pour la France, il est diffusé par les chaînes thématiques ainsi qu’à l’étranger. Il a surtout été présenté ces derniers mois aux festivals fantastiques d’Austin, Manchester, New-York, Paris … et ceux de Bruxelles et Gérardmer sont pour bientôt. « Il marche bien et en France les gens sont fans sur le mode « Ah bon ça existe ce genre de cinéma ? »

Cergy-Pontoise au coeur

Pas près de lâcher son métier de créateur d’effets spéciaux, Olivier n’hésitera pourtant pas à réaliser d’autres films. « Des comédies plus classiques et même des films très sérieux. Je veux voir ce que je suis capable de faire. Ce qui m’intéresse est de réaliser des films et pas le fait d’être réalisateur ». Après quelques années parisiennes, Olivier est revenu vivre à Cergy-Pontoise. « Avec ma femme Cécile (voir son portrait ici) et nos deux fils, nous habitons à Vauréal. Nous sommes proches de nos parents et profitons de la qualité de vie qu’on trouve ici ». L’un de ses fils est maintenant lui aussi élève au lycée Camille Claudel et vient de faire son premier concert sur la scène du Forum. Très satisfait de ce que la vie lui offre, Olivier ne fait pas mystère d’avoir grandi dans un milieu modeste. Mais il a eu accès aux opportunités de réalisation de soi par la culture. « S’il m’ont toujours laissé libre de mes choix, mes parents étaient en retrait. Le mérite en revient aux copains et à des profs géniaux… je suis très reconnaissant envers l’Ecole publique ». Il est d’ailleurs plus que disponible pour venir témoigner de son parcours auprès des jeunes de ses anciens établissements. A bon entendeur pour ce renvoi d’ascenseur…

 

 

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