Portrait publié le 24 novembre 2016

Philippe Chartier, conduire jusqu’au permis

Philippe Chartier
Philippe Chartier, chef de service du pôle Mobilité à La Sauvegarde 95.
« Le permis, c’est le même examen pour tout le monde : on est tous égaux face à lui » résume Philippe Chartier. L’homme, responsable de l’auto-école de La Sauvegarde 95, n’est pas insensible aux inégalités. Pour preuve, dès 16 ans, il met un pied dans l’éducation populaire comme moniteur de voile bénévole, encadrant d’autres jeunes venus de banlieue. « C’est vrai que j’ai toujours eu cette optique-là, de transmettre aux jeunes ».

Quelques années plus tard, il rencontre Pierre Verney, de La Sauvegarde 95, alors qu’ils suivent la même formation de moniteur d’auto-école. Celui-ci à l’idée d’aider des jeunes en difficulté à passer le permis. Philippe Chartier s’embarque dans l’aventure et entre à La Sauvegarde pour y créer l’auto-école. Nous sommes en 1980, il a 21 ans, et passe dans la foulée son brevet d’Etat d’éducateur « pour parler le même langage » que ses collègues.

Le permis, un outil d'insertion
« Le permis de conduire était déjà, et il l’est resté, un outil d’insertion professionnelle et sociale. Il est primordial pour accéder à beaucoup d’emplois, particulièrement ceux qui ne demandent pas de trop grandes qualifications ». Et justement, ce sont ces emplois que visent en priorité les apprentis conducteurs suivis par les équipes de prévention spécialisée. Car les cours de l’auto-école de Philippe Chartier ne sont pas ouverts aux inscriptions spontanées. Ce sont des jeunes en difficulté, proposés par des éducateurs sociaux, qui peuvent en bénéficier. Sur une base de volontariat mais aussi d’engagement financier de leur part. « Nous pensons que l’investissement financier est essentiel. Par exemple, le tarif du forfait code est de 250 €. Les jeunes doivent donc trouver cet argent, pourquoi pas en travaillant dans un des chantiers d’insertion de l’association ».

Mener les jeunes jusqu’au bout
En échange, Philippe Chartier et son équipe s’investissent pour mener les élèves au bout du cycle d’apprentissage. Et ce n’est pas toujours facile pour des personnes aux parcours parfois extrêmement compliqués, éprouvant de fortes difficultés d’apprentissage. « C’est au moniteur de trouver une pédagogie adaptée. Mais enseigner à conduire est un support de travail très efficace pour améliorer le comportement en société ou opérer une remise à niveau ».

Au fil des ans, le service s’est étoffé. Philippe Chartier est toujours chef de service du pôle Mobilité et encadre aujourd’hui cinq moniteurs. L’auto-école accueille entre 110 et 120 nouveaux élèves tous les ans. En 2015, 87 jeunes ont obtenu leur permis et le taux de réussite au code en première présentation était de 57%. « Ces chiffres n’ont pas à être comparés à ceux des autres auto-écoles mais ils sont importants car ils montrent notre investissement ».

Et pour demain ? On continue ! « L’utilité pour ces jeunes est toujours là, et puis j’aime bien transmettre ». C’est pour cela qu’en dehors de l’auto-école, Philippe Chartier est toujours resté moniteur, de voile bien sûr puis de handball et maintenant de plongée.
 


A noter : outil de l’éducation spécialisée, l’auto-école de la Sauvegarde 95 n’est pas ouverte aux inscriptions libres.

Dans les années 1980, l’histoire de l’auto-école s’inscrit dans l’histoire de la ville-nouvelle de Cergy-Pontoise. On lira avec intérêt le livre de sociologie tiré des débuts de l’expérience Se ranger des voitures, les mecs de Jaricourt et l’auto-école, de Pierre Verney et Maurizio Catani.
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